Orchidées, Rose, Fleur, Bloom, Élégant

 

Ce travail de résurrection du passé incombe, comme on le sait, a l' historien de la philosophie. Mais cette entreprise de rajeunissement peut elle prétendre a la neutralité ? La question nous intéresse car d' elle dépend ce qu' il convient d' entendre par l' actualité de Nietzsche. Veut on parler d' une entreprise réussie de modernisation d' une doctrine pourtant solidaire d' une époque révolue ou bien d' une résonance transhistorique entre les théses d' un philosophe et les préoccupations du temps présent ? Deux attitudes ici s' opposent, au point de s' exclure parfois mutuellement. L' attitude d' esprit historique incline a étudier la doctrine Nietzschéenne en elle meme comme phénoméne du passé, avec tous les détails de langage et d' habitudes mentales qui la rendent inséparable du temps ou elle s' est produite et de l' individu qui l' a pensée. Ce faisant, l' historien se met a l' abri des choix arbitraires et des partis pris toujours contestables inhérents a un travail d' interprétation. Mais la pensée du philosophe sera alors connue comme un fait du passé, dument daté et limité, et elle perdra tout rapport avec l' actualité, avec nos croyances et nos préoccupations présentes. " De maniére paradoxale, écrit un auteur, le passé de la philosophie ne peut adhérer a la philosophie elle meme que s' il est connu pour ainsi dire comme présent." A l' inverse, l' attitude d' esprit philosophique consiste a séparer une sorte de structure prétendument intemporelle de la forme particuliére ou elle s' exprime : il s' agira en l' occurrence de définir l' essence du Nietzschéisme par des formules indépendantes des oeuvres ou elle est exprimée. Mais il faut bien admettre que cette abstraction est illégitime, car l' esprit et l' oeuvre ne font qu' un. Animé par un souci d' objectivité, l' historien de la philosophie se laisse parfois aller a considérer la matiére de son étude comme un objet. Or, " Si la matiére a étudier est une philosophie, c' est a dire une pensée concréte et vivante, l' objectivité ainsi comprise est arbitraire ou, mieux encore, tout a fait impossible ; cette prétendue objectivité est en vérité subjectivité, car on ne peut comprendre une pensée qu' en la pensant a son tour, qu' en adoptant pour Soi meme son rythme et ses démarches." Entre l' attitude d' esprit historique qui cherche a comprendre " Ce qu' a pensé un homme ", sans se poser la question de la vérité et de la fausseté de ses théses, et l' attitude d' esprit philosophique, qui entend nourrir sa propre réflexion sur " Ce que les choses sont " de la méditation d' autrui, il y a sans doute lieu de reconnaitre un jeu dialectique qui nous fait hésiter entre l' adhésion du partisan et l' impartialité de l' historien.

 

N.O.