De la une contradiction profonde, une guerre cachée, non seulement entre l' Etat et l' Eglise, mais encore dans la Science elle meme, dans le sein de toutes les églises et jusque dans la conscience de tous les individus pensants. Car, qui que nous soyons, a quelque école philosophique, esthétique et sociale que nous appartenions, nous portons en nous ces deux Mondes ennemis, en apparence irréconciliables, qui naissent de deux besoins indestructibles de l' homme : le besoin scientifique et le besoin religieux. Cette situation, qui dure depuis plus de cent ans, n' a certainement pas peu contribué a développer les facultés humaines en les tendant les unes contre les autres. Elle a inspiré a la poésie et a la musique des accents d' un pathétique et d' un grandiose inouis. Mais, aujourd' hui, la tension prolongée et suraigue a produit l' effet contraire. Comme l' abattement succéde a la fiévre chez un malade, elle s' est changée en marasme, en dégout, en impuissance. La Science ne s' occupe que du Monde physique et matériel ; la philosophie morale a perdu la direction des intelligences ; la Religion gouverne encore dans une certaine mesure les masses, mais elle ne régne plus sur les sommets sociaux ; toujours grande par la charité, elle ne rayonne plus par la Foi. Les guides intellectuels de notre temps sont des incrédules ou des sceptiques parfaitement sincéres et loyaux. Mais ils doutent de leur Art et se regardent en souriant comme les augures Romains. En public, ils prédisent les catastrophes sociales sans trouver le reméde, ou enveloppent leurs sombres Oracles d' euphémismes prudents. Sous de tels auspices, la littérature et l' Art ont perdu le sens du Divin. Déshabituée des horizons éternels, une grande partie de la jeunesse a versé dans ce que ses Maitres nouveaux appellent le naturalisme, dégradant ainsi le beau nom de Nature. Car ce qu' ils décorent de ce vocable n' est que l' apologie des bas instincts, la fange du vice ou la peinture complaisante de nos platitudes sociales, en un mot, la négation systématique de l' Ame et de l' intelligence. Et la pauvre Psyché ayant perdu ses ailes gémit et soupire étrangement au fond de ceux la memes qui l' insultent et la nient. A force de matérialisme, de positivisme et de scepticisme, cette fin de siécle en est arrivé a une fausse idée de la Vérité et du Progrés.

E.S.